Les prises de paroles de Maeva Ghenman, Benjamin Samat ou Elodie Gossuin posent une question : pourquoi certaines figures exposées continuent-elles à se filmer même en situation de crise ?
Décryptage. Temps de lecture : 3 minutes. Par Claire-Ambre Davain

La crise des influenceurs de Dubaï est devenue une scène publique. Ces derniers jours, les prises de parole publique de Maeva Ghennam, Benjamin Samat ou encore Élodie Gossuin ont largement circulé sur les réseaux sociaux.
Plusieurs vidéos montrent certains influenceurs, téléphone à la main, visage filmé en direct dans un flot d’émotion immédiat, appelant à l’aide et adressant leurs S.O.S au public ou à la France. En réalité, même dans l’urgence, leur prise de parole utilise les codes qui structurent leur visibilité depuis des années. Quand la situation est tendue, ce réflexe persiste parfois sans qu’ils en aient pleinement conscience.
On pourrait supposer qu’une situation de crise se vit d’abord dans la sphère privée, à distance des regards. Mais chez certaines figures exposées, c’est finalement l’inverse qui se produit : le premier réflexe consiste à parler immédiatement depuis leur format habituel : celui de la mise en scène, un registre familier qui les accompagne et qui alimente leur présence publique depuis des années.
Cela ne signifie pas pour autant que l’émotion soit fausse, ni que la séquence soit nécessairement calculée .Cela signale plutôt à quel point le rapport à la visibilité est devenu une façon spontanée d’exister.
Lorsque l’exposition quotidienne de soi fait partie du mode de vie, même une inquiétude emprunte des codes déjà établis : se montrer, réagir, partager avec leur communauté, le drame intime qui les touche.
Ainsi, quand une identité s’est construite depuis plusieurs années dans l’exposition publique, le passage spontané par le canal des réseaux sociaux devient parfois presque réflexe, y compris dans une situation qui pourtant semble relever de l’intime. Le privé est externalisé. Et c’est sans doute ici ce qui explique qu’une partie du public n’a pas réagit comme prévu.
Une peur réelle… et une réaction publique très dure
Car en effet très vite, les réseaux sociaux puis la presse s’enflamment. Les messages de détresse sont massivement moqués, critiqués, humiliés.
Pourquoi ?
Parce que ces influenceurs se heurtent à une mémoire collective très récente. Déjà, depuis le lieu même d’où ils prennent la parole : Dubaï. Synonyme de luxe, d’exil fiscal, la ville est devenue un symbole fort de l’économie d’influence. Beaucoup d’entre eux ont alors revendiqué leur installation comme un choix de vie plus avantageux que la France. Certains discours avaient même explicitement opposé les deux modèles. Et c’est précisément ce contraste qui aujourd’hui alimente la violence des réactions sur les réseaux sociaux.
Lorsque des influenceurs qui expliquaient hier qu’ils ne reviendraient « pour rien au monde » en France demandent soudain la protection de l’État français, une incohérence apparaît aux yeux du public. À cet instant, leur image médiatique prend le dessus sur la situation elle-même.
A cet instant, la situation qui devient un spectacle collectif : désormais, il ne s’agit plus seulement d’une crise internationale, mais d’un moment où l’image, la leur, se retourne contre eux.
Quand elle est exprimée publiquement, le public ne regarde donc pas seulement une émotion ou une inquiétude : il regarde aussi et surtout un personnage déjà construit médiatiquement et le lieu, symbolique ou réel, d’où il parle. Les réactions ne visent pas alors seulement la personne ni ce qu’elle est en train de vivre, mais l’image publique qui lui est rattachée.
Ainsi l’épisode de télé-réalité des influenceurs de Dubaï, n’est sûrement pas le dernier. Il révèle bien plus qu’une simple anecdote médiatique : il s’agit d’une scène très caractéristique de notre époque sur-exposée.

Laisser un commentaire