La psychanalyse, ni ange ni démon


Par Chawki AZOURI

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Pourquoi une rubrique sur la psychanalyse ?

Pour faire connaître au public la psychanalyse, diabolisée actuellement, sacralisée auparavant.La psychanalyse n’est ni ange ni démon, et ce n’est pas une affaire d’initiés. C’est une méthode thérapeutique pour la souffrance psychique, oui mais si elle l’est, c’est parce qu’elle est un lieu d’écoute pour notre inconscient, notre vérité oubliée qui nous habite et qui s’exprime au quotidien par les rêves, l’humour, les fantasmes, les lapsus, les actes manqués, la souffrance et les symptômes, autant de productions qui nous sont si familières.

Cependant, ces « formations de l’inconscient » nous sont étrangères en même temps et provoquent, entre autres, ce que Freud appellera « L’inquiétante étrangeté ». Ou comme le disait Rimbaud « Je est un autre ». Cette division subjective nous constitue et donne à notre parole sa dimension de vérité, puis de liberté.

Dans un monde postmoderne où le fait même de penser est menacé, où tout, ou presque est déshumanisé, la liberté de penser que permet la psychanalyse n’est pas un luxe mais une nécessité pour la survie de l’humain. Mais dans le même mouvement, notre pensée, de nature cartésienne « Je pense donc je suis» peut en elle-même fonctionner comme une censure. Ce qui a amené Lacan à subvertir le cogito cartésien : « Je pense là où je ne suis pas. » Ce que voulait dire Lacan signifie que le lieu de la pensée inconsciente, l’Autre est la source même de notre pensée. Pourtant, ce lieu Autre nous effraie et on ne veut rien en savoir.

Freud a découvert l’inconscient contre lui-même, contre ses propres résistances, comme en témoigne le long et difficile passage de la « Théorie de la séduction » à la « Théorie du fantasme » pour expliquer la source de la souffrance psychique.
Il l’a découvert malgré lui, grâce à ses rêves, ses lapsus, grâce à l’humour, grâce à l’hystérie, aux mythes, à la littérature…, permettant ainsi au subjectif de rejoindre l’Universel avec, au centre, le mythe d’Œdipe. Il en rendra compte dans L’Interprétation des rêves, Le mot d’esprit dans ses rapports avec l’inconscient et Psychopathologie de la vie quotidienne où l’acte manqué et le lapsus ont la part belle. Quelle plus belle définition du lapsus que notre bon proverbe « Kelmet el 7a2 saba2it », « Le mot de la vérité devance l’autre » ? Il résume à lui seul la portée du lapsus comme révélation de la vérité refoulée. Cette vérité s’impose à notre conscience en prenant le pas sur le mot qu’on voulait dire, elle s’impose à nous malgré nous. À lui tout seul, ce proverbe concrétise notre rapport divisé et conflictuel à notre inconscient.

Sur un plan social, on lutte contre cette vérité inconsciente, autant universelle que subjective en diabolisant la psychanalyse dont la fonction est de la révéler. Mais aussi en l’idéalisant. Si la psychanalyse aujourd’hui est diabolisée dans le monde, comme l’a montré un récent débat intellectuel en France, ce n’est pas en l’idéalisant et en la sacralisant qu’on lui redonnera sa valeur et sa portée.

La diabolisation de la psychanalyse a commencé pendant les années Reagan et l’idéalisation qui l’a longtemps précédée en a préparé le terrain. En plein néolibéralisme, au milieu des années 80, une médicalisation croissante de la vie humaine et une marchandisation de la santé ont vu le jour. Malheureusement, la psychanalyse n’a pas su ni voir venir ni affronter cela.
Le slogan « Avant, il y avait un médicament pour chaque maladie, maintenant il y une maladie pour chaque médicament », qui est aux antipodes de l’éthique psychanalytique, continue de fonctionner à plein, pour le profit croissant des industries pharmaceutiques et le regain d’une idéologie scientiste qui a réduit l’homme à un neurone. Sur le plan de la santé mentale, le DSM-IV (Manuel diagnostic et statistique des troubles mentaux), devenu le manuel psychiatrique de référence du monde entier, a contribué à transformer des pans entiers de la vie quotidienne en troubles à soigner. Dans ce manuel, le mot psychanalyse a disparu. Bien évidemment, il s’agit ici ni de diaboliser le DSM, qui reste un excellent outil diagnostic aux mains de psychiatres compétents, ni de rejeter le recours aux traitements médicamenteux pour soulager la souffrance psychique.

Il s’agit de redonner sa place à la clinique psychanalytique, une « clinique sous transfert », une clinique subjective. Cette clinique est le fruit d’une pratique scientifique plus que centenaire, sans pour autant que la psychanalyse ne soit une science.

Cette rubrique veut redonner toute sa noblesse à la clinique psychanalytique, qui est une clinique de l’humain, une clinique des rêves, des lapsus, des actes manqués, des fantasmes et des symptômes par lesquels le sujet cherche à dire son mal-être sans y arriver. L’écoute analytique lui permettra cela. Mais cette clinique est aussi une clinique des structures subjectives qui se sont mises en place à l’enfance et à l’adolescence pour lutter contre des angoisses spécifiques à chaque étape de notre enfance. Personne n’y échappe. La structure hystérique, la structure obsessionnelle, la structure phobique, les états limites si fréquents de nos jours, mais aussi les psychoses, schizophrénie, paranoïa et la bipolarité qui a remplacé en partie la psychose maniacodépressive.

Nous verrons successivement l’histoire de la découverte freudienne, la naissance de la psychanalyse, la clinique freudienne qui vient enrichir la clinique psychiatrique du début du XXe siècle jusqu’aux années 80, la richesse de la psychanalyse des débuts comme en témoignent les réunions du mercredi soir chez Freud, entre 1900 et 1910, dans la Vienne des Lumières, la question du père, fondamentale, aujourd’hui vue à travers Totem et tabou et Moïse et le monothéisme, le débat entre Freud et Einstein sur « Pourquoi la guerre? », débat brulant d’actualité, le regard de Freud sur le Malaise dans la civilisation, la psychanalyse face aux souffrances actuelles, les théoriciens de la psychanalyse, Lacan et bien d’autres, la technique, la psychanalyse avec les enfants, la formation du psychanalyste, l’institutionnalisation de la psychanalyse, les conflits, les scissions, etc.
En commentant parfois l’actualité, cette rubrique hebdomadaire a pour but de permettre au lecteur de se familiariser progressivement avec la psychanalyse qui est à l’écoute de notre vérité inconsciente.

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