Cyberharcèlement : comment protèger nos enfants ?


Avec l’arrivée des réseaux sociaux et des smartphones, de nouvelles formes de violences sont apparues. A l’école, dans la rue ou chez elle, la victime ne connaît plus aucun répit. A toute heure du jour et de la nuit, elle endure messages de haine, incitation au meurtre ou au suicide, publication de photos compromettantes, création de faux profils… 40% des jeunes disent avoir été victimes d’une agression en ligne. Comment se propage cette forme de violence ? Comment y faire face ? Comment, aussi, la prévenir et protéger ses enfants ? Le point sur ce phénomène inquiétant.

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Le Cyberharcèlement peut conduire au suicide des jeunes victimes les plus fragiles

De plus en plus de jeunes sont présents sur les réseaux sociaux avant l’âge minimal requis. Malgré les mesures de sécurité mises en place pour assurer leur sécurité, tous ne savent pas comment se protéger, au grand dam de leurs parents qui se sentent impuissants. Comment accompagner son enfant dans la découverte du numérique ? Éléments de réponse avec Justine Atlan, directrice générale de E-Enfance et Sylvie Angel, psychiatre et psychanalyste

Accompagner son enfant dans la découverte des réseaux sociaux

Espionner, interdire ou faire confiance à son enfant ? Pas toujours facile de trouver la bonne attitude à adopter face à leur vie numérique. « Les parents doivent très tôt établir un dialogue avec l’enfant, essayer d’entrer dans son monde » conseille Sylvie Angel, psychiatre et psychanalyste. L’idée n’est donc pas de porter un jugement mais plutôt de lui demander : « explique-moi comment ça marche car je suis né à une époque où cela n’existait pas, raconte moi à quoi ça sert, ce qui est bien pour toi, ce que tu n’aimes pas. » Le rôle des parents est d’éduquer les enfants, de les intéresser à plein de choses, de développer leur curiosité. Et pour cela, il faut passer du temps avec eux. Sylvie Angel se souvient d’avoir reçue une famille en consultation, au tout début des réseaux sociaux. Le père, afin de comprendre ce phénomène, avait pris un pseudo pour devenir le copain de sa fille. « Je pense que ce n’est pas une bonne idée. Le but n’est pas de tromper l’adversaire, en l’occurrence son enfant, pour gagner sa confiance. Il faut s’intéresser au plus près à sa vie quotidienne » estime-t-elle.

Repérer les profils de harceleurs et de harcelés dans une approche préventive

Les victimes présentent souvent un profil commun. Les harceleurs vont généralement choisir une « proie facile » : un enfant isolé, qui n’est pas entouré par un groupe d’amis pour servir de boucliers et le défendre. « Cela pourra aussi être un enfant qui n’est pas forcément très à l’aise dans les relations sociales, qui communique peu, dont on sent instinctivement qu’il ne saura pas se défendre tout seul » explique Justine Atlan, directrice générale de E-Enfance, association de protection des enfants sur Internet. En ce qui concerne les harceleurs, ce ne sont généralement pas non plus des enfants qui vont très bien, puisqu’ils portent en eux cette agressivité, cette violence. « Ils ressentent le besoin de dénigrer l’autre pour se sentir plus forts. C’est le signe d’un malaise à l’égard de leur propre personne. Les deux enfants doivent être pris en charge, pas uniquement la victime, poursuit-elle. Si on lâche le harceleur, il risque de s’enfermer dans ce fonctionnement. » Or, le but est que chacun sorte de ces postures et puisse avancer autrement dans la vie.

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Reconnaître les signes avant-coureurs chez un enfant victime de cyberharcèlement

« La principale difficulté quand on cherche à déceler des signes de harcèlement sur Internet, c’est qu’il s’agit généralement d’enfants qui ne vont pas exprimer aisément leur ressenti,souligne Justine Atlan. Et comme tous les enfants, ils vont essayer de protéger leurs parents, de les préserver en se taisant pour ne pas les faire souffrir. » Ces derniers ne se rendront donc pas forcément compte qu’il se passe quelque chose. D’autant qu’ils ne voient pas ce qui est échangé sur les réseaux sociaux ou sur le téléphone portable.
Par conséquent, il est nécessaire d’être attentifs aux petits changements quotidiens, pour pouvoir repérer un comportement qui indiquerait que l’enfant va mal, qu’il n’est plus heureux à l’école. « Cela pourra se traduire par des résultats scolaires qui chutent, une baisse d’intérêt dans les loisirs, des problématiques de sommeil, des somatisations avec répétitions de maux de ventre ou de migraines, un passage un peu trop fréquent à l’infirmerie », explique la directrice de E-Enfance. Et c’est là que l’école a un rôle à jouer. Elle doit alerter les parents sur les changements de comportements observés : un enfant qui ne sort plus pendant la récréation, qui va fuir systématiquement ce moment et se réfugier dans les toilettes ou les couloirs, un enfant qui ne mange presque plus à la cantine pour éviter la présence des autres élèves…

Savoir réagir pour protéger son enfant

Si notre enfant nous confie être victime de cyberharcèlement, ou que l’école nous contacte, le premier réflexe doit être d’en parler avec lui. Qu’il se rassure : nous allons faire le nécessaire pour prendre les choses en main et le protéger. Justine Atlan souligne également l’intérêt de faire des captures d’écran des agressions subies. Elles pourront faire office de preuves. « Le seul point positif avec le cyberharcèlement, c’est que contrairement au harcèlement classique il laisse des traces. »
Deuxième étape, informer les modérateurs du réseau social du problème rencontré. Il existe des points de signalement qui permettent de rapporter les profils des auteurs, mais aussi un commentaire, un message, une photo pour laquelle nous n’avons pas donné notre accord. Parfois, le cyberharcèlement prend aussi la forme d’une usurpation d’identité, c’est à dire que les coupables ont pris la main sur le profil de la victime et se font passer pour elle auprès de tiers. C’est aussi quelque chose à signaler en ligne, pour faire cesser les manifestations du harcèlement.

Troisième réflexe : se tourner vers l’école. 9 fois sur 10, les élèves concernés font partie d’un même établissement et c’est aussi le lieu où les enfants passent 90% de leur temps. Il est important de faire connaître la situation au chef d’établissement, au CPE, au personnel encadrant. Les professeurs ne doivent pas être les seuls à être sollicités puisque la situation posant problème se passe la plupart du temps en dehors des heures de cours. « Il faut que l’école soit consciente du problème, sanctionne le harceleur et non pas la victime, en lui demandant de changer d’établissement. Idéalement les parents du harceleur doivent être responsabilisés, parce que l’on a besoin qu’ils prennent conscience que leur enfant est dans cette problématique là, que c’est aussi un enfant en souffrance » explique Justine Atlan. Il y a deux choses à faire : le sanctionner pour le responsabiliser, mais aussi l’encadrer pour faire en sorte qu’il ne recommence pas. Et dans des cas extrêmement graves, si les avertissements ne portent pas leurs fruits auprès du harceleur, on pourra être emmené à porter plainte contre lui. D’où l’intérêt des captures d’écran pour avoir des preuves.

Si notre enfant est le harceleur

Comme le cyberharcèlement est un sujet relativement récurrent dans l’actualité, les occasions d’en parler en famille sont nombreuses. Le problème, c’est que lorsque l’on aborde le sujet avec nos enfants, nous partons toujours du principe qu’il ne pourra être que victime. Sauf qu’effectivement, il peut aussi être harceleur. « Il est important de garder cela en tête, de pouvoir parler des différentes positions qui existent, sachant que la plus fréquente est celle de témoin, insiste la directrice de l’association. Expliquons à notre enfant que lorsqu’il assiste à ce genre de situation, il doit en parler à un adulte ; parce que c’est grave, humiliant et que cela fait souffrir la victime. » Souvent, les parents de la victime apprennent ce que subit leur enfant parce que des copains l’ont dit à leurs propres parents et que ceux-ci sont ensuite venus leur en parler.

Comment réagir si notre enfant est accusé de cyberharcèlement ?

Tout d’abord, ne pas culpabiliser. « Il est préférable d’essayer de se dire que c’est quelque chose qui arrive, que ce n’est pas un déterminisme », estime Justine Atlan. A travers son comportement global, il va falloir essayer de comprendre ce qui se passe. Lui apprendre qu’Internet n’est pas une zone de non-droit, que les règles de vie en société et les lois s’y appliquent comme ailleurs et qu’il peut être exclu de ces plateformes s’il s’avère qu’il empêche les autres utilisateurs d’en profiter agréablement. « Il doit prendre conscience que ce qu’il a fait est grave. Ce n’est pas parce que l’on ne voit pas l’enfant souffrir devant soi, à cause de l’écran qui nous sépare, qu’il ne va rien ressentir, » renchérit-elle.
L’objectif : essayer de remettre de l’empathie dans l’objet très dématérialisé qu’est l’outil numérique, qui permet de se détacher de l’autre, de partir dans des comportements que l’on ne maîtrise plus. Aussi, « soyons prêt à accepter qu’il y ait une sanction de la part de l’école, accompagnons les éducateurs dans leur décision, car il est normal d’être sanctionné lorsque l’on se comporte mal, que l’on ne respecte pas les règles, explique Justine Atlan. En revanche, une fois que la punition s’achève, la vie doit suivre son cours. L’enfant ne doit pas être enfermé dans cette posture de harceleur, dans laquelle il resterait indéfiniment. »

Le priver d’Internet ?

Doit-on forcément lui retirer son téléphone portable ou sa tablette durant quelques semaines ? Ce serait, pour les spécialistes, le priver d’une occasion d’apprendre à bien les utiliser. « L’ordinateur est un outil extraordinaire, avec lequel on peut faire plein de choses formidables et l’interdit n’a aucun sens : ce que l’on n’a pas le droit de faire chez nous, on le trouvera chez un copain » insiste Sylvie Angel, psychiatre et psychanalyste. « Le but est de lui faire comprendre ce qu’il a fait de mal, là où il a franchi la ligne, ce que l’on est autorisé ou non à faire lorsqu’il s’agit de l’autre. »
Idéalement, l’éducation au bon usage des réseaux sociaux devrait passer par les parents. C’est nous qui équipons nos enfants en ordinateurs, tablettes, téléphones portables et qui prenons un abonnement à Internet. A partir du moment où nous mettons ces outils dans leurs mains, nous devons leur expliquer comment bien les utiliser pour ne pas se mettre en danger et ne pas nuire aux autres. Cependant, il est vrai qu’il existe un véritable fossé générationnel, entre les enfants d’aujourd’hui et nous qui ne savons pas ce qu’implique être adolescent dans l’ère numérique. Parce que nous ne connaissons pas les termes appropriés, ne savons pas de quoi ils parlent, nous nous sentons désemparés et illégitimes au moment d’intervenir. « Rassurez-vous : il s’agit tout simplement de lui apprendre à se comporter correctement en société, même si nous sommes ici sur un lieu numérique. En tant que parents, vous êtes donc tout à fait capables de lui transmettre votre façon de concevoir le lien social, les valeurs et principes auxquels vous tenez, » confirme Justine Atlan.

La loi et le cyber harcèlement

Article 222-33-2 (Modifié par LOI n°2014-873 du 4 août 2014 - art. 40) 
Le fait de harceler autrui par des propos ou comportements répétés ayant 
pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail 
susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer 
sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel, 
est puni de deux ans d'emprisonnement et de 30 000 € d'amende.

L’association e-enfance  contre le cyber harcèlement

Le ministère de l’Éducation nationale a mis en place un partenariat avec l’Association e-Enfance qui a notamment pour mission l’éducation des enfants et des adolescents à une bonne pratique d’internet et à la prévention des dangers sur Internet dont le cyber harcèlement. À travers le numéro vert national Net Ecoute (0800 200 000) proposent des moyens techniques juridiques et psychologiques adaptés à la victime de cyber-harcèlement, à sa famille et au personnel éducatif. Les partenariats entre l’Association e-Enfance et les différents réseaux sociaux permettent de faire cesser les manifestations en ligne du harcèlement.

Par psychologie.com & psychologie-psychanalyse.com

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