L’addiction est la maladie de la séparation avec la mère


Dossier étudiants « Une autre vision des choses »

LA PSYCHANALYSE, NI ANGE NI DÉMON
Par Chawki Azouri

– « Mets ton pull avant de sortir »
– « Mais maman j’ai chaud »
– « Non, tu n’as pas chaud. »

Ce dialogue est l’exemple parfait de la grande difficulté qu’éprouve la mère à se séparer de son enfant. La mère aurait pu répondre : « Il ne fait pas chaud. » Auquel cas, elle aurait signifié à son enfant qu’elle, elle ne trouvait pas qu’il faisait chaud. Si donc l’enfant a chaud et que la mère trouve qu’il ne fait pas chaud, l’enfant et sa mère sont deux entités différentes qui perçoivent différemment le climat ambiant. Ce qui est la situation habituelle dans la plupart des cas. Mais dans ce cas, en répondant à son enfant : « Non, tu n’as pas chaud », la mère sème le trouble dans l’esprit de son enfant. C’est comme si la mère savait mieux que son enfant ce qu’il pouvait éprouver de l’intérieur. La situation est psychotisante, c’est-à-dire rend fou l’enfant, sans que nécessairement il ne soit psychotique.

Capture d’écran 2016-06-09 à 11.34.30

Dans ce cas de figure, la mère envahit l’esprit de l’enfant en étant trop présente auprès de lui. Du temps où il était nourrisson, la mère cherchait auprès de lui à combler un manque fondamental dans son monde interne à elle. Pour Joyce Mc Dougall, une des meilleures psychanalystes de sa génération (1920-2011)  c’est la mère qui est dépendante de son nourrisson. Afin de répondre aux sollicitations de sa mère, le nourrisson n’arrive plus à rester seul en sa présence. Il s’invente n’importe quel besoin, n’importe quelle maladie, n’importe quelle addiction pour donner à sa mère la possibilité de s’occuper de lui, afin de résister à l’appel inconscient qu’elle lui fait de s’occuper d’elle. L’adage connu dans le monde de la médecine, plus particulièrement dans celui de la pédiatrie, et ce depuis de nombreuses décennies, le montre bien: «Otite de l’enfant, angoisse de la maman. »

(..)

La capacité d’être seul (Winnicott)

« La capacité de l’enfant à rester seul en présence de la mère » , comme l’appelle Donald Winnicott (1896-1971), se trouve perturbée. Pédiatre, psychiatre puis psychanalyste, il a observé et analysé beaucoup d’enfants.
Car pour acquérir cette capacité de rester seul en présence de la mère, l’enfant doit avoir réussir, depuis la période de l’allaitement, à intérioriser sa mère, à en avoir fait une image et une fonction internes, une image rassurante et présente à l’intérieur de sa psyché. Grâce à cette image interne et rassurante de la mère, l’enfant apprend progressivement à supporter ses propres angoisses sans faire nécessairement appel à sa mère réelle. Dans le cas du futur patient dépendant, la trop grande présence réelle de la mère et sa dépendance à l’égard de son enfant empêchent le nourrisson d’intérioriser sa figure, de faire sienne la fonction protectrice maternelle. L’enfant va alors dépendre de la présence réelle de sa mère auprès de lui afin de se protéger. Afin de se protéger et de la protéger elle, la mère. L’enfant, futur patient dépendant, témoigne à sa mère d’un sacrifice sans bornes qui fait partie d’une ambivalence sans bornes.

Il se sacrifie pour elle. Il se fait dépendant d’elle pour camoufler sa dépendance à elle. Il la sollicite en permanence pour lui permettre, à elle, de rester auprès de lui afin de satisfaire sa propre dépendance. Ce sont ces enfants-là qui auront du mal à se séparer de leurs mères et, plus tard, à se séparer des drogues et de tout genre d’addiction.
Nous constatons cliniquement la dépendance de la mère vis-à-vis de la maladie de l’enfant lorsqu’on se demande, étonnés, si ce qu’on observait était vrai : tout se passe comme si la mère était anxieuse à l’idée de la guérison de l’enfant. Tout se passe comme si la guérison de l’enfant signifiait leur séparation, comme si la guérison de l’enfant allait priver la mère de son propre objet de dépendance, son enfant.

A suivre…

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