Apprendre à dire non


S’opposer, contredire… au risque de fâcher ? Pas facile. Mais pour se protéger des demandes abusives, pour affirmer son désir, il faut d’abord dire non à tout ce que l’on ne veut plus. Analyse et plan d’attaque.

data--Education - Hinoukh-Education - Hinoukh, Savoir dire non-Savoir dire non

Depuis qu’elle vit avec Paul, Myriam l’accompagne déjeuner chez sa mère chaque dimanche. Or, ce rituel est devenu pour elle une contrainte, à laquelle elle continue pourtant de se plier : « Ça lui fait tant plaisir ! » avance-t-elle. Peur du conflit, de fâcher, d’être rejeté, désir de combler l’autre, de se rendre indispensable : les raisons de ne pas oser le « non » ne manquent pas. S’y ajoute le poids de l’éducation qui, en récompensant le dévouement, sous-entend qu’obéir à ses propres envies est pur égoïsme.

Conséquence ? Des « oui » prononcés sans conviction, qui engendrent des frustrations toxiques pour soi et pour la relation : c’est Stéphane qui, devenu le créditeur attitré de son ami d’enfance, en vient à douter de cette amitié ; c’est Marianne qui, à toujours accepter les dossiers de dernière minute, ne se sent plus respectée dans son cabinet de juristes. En cédant à toutes les sollicitations, le risque est de ne plus discerner ses propres désirs de ceux d’autrui. A l’inverse, avoir le courage de dire de vrais « non » prépare à pouvoir prononcer de vrais « oui », exprimant convictions personnelles et intégrité.

De cette capacité à affirmer son identité découle une vie relationnelle saine et de vrais accomplissements. Reste à trouver les moyens d’émettre ce « non » tant redouté. Formateur en développement personnel, Dominique Fromm propose une méthode en cinq étapes.

Délimiter son territoire

Pouvoir s’affirmer suppose la capacité à se définir : impossible de savoir répondre « oui » ou « non » aux sollicitations si nous n’avons pas d’abord pour nous-même une idée claire de nos envies et de nos limites. La première étape consiste donc à faire le récapitulatif de ce qui compte pour soi dans tous les domaines de la vie : ses valeurs, son rythme de vie, ses goûts, ses priorités… Avec cette liste, nous dessinons les contours de notre « territoire de vie » et posons des repères intimes auxquels nous référer quand les autres nous sollicitent.

Envisager les conséquences pour soi

Nous refusons souvent de formuler un « non » par volonté de préserver l’autre : « Et s’il le prenait mal ? » C’est oublier que nous ne sommes pas responsables des émotions d’autrui : il n’appartient qu’à lui de bien ou de mal réagir à nos décisions. Prendre ce recul vis-à-vis des autres est indispensable ; il ne s’agit pas de se déresponsabiliser, de s’autoriser des refus blessants, mais bien de se débarrasser d’une culpabilité excessive qui incite à envisager les conséquences d’un « non » pour l’autre plutôt que pour soi.

Au lieu de tenter d’imaginer les réactions de nos tiers, réfléchissons aux répercussions qu’un « non » ou un « faux oui » auraient sur nous. « Serai-je honnête avec moi-même si j’accepte cette invitation ? » ; « Ai-je envie de renoncer à ce projet auquel je tiens pour accepter ce nouveau poste ? »… Prendre le temps de ces réflexions – quitte à demander un délai avant de donner une réponse définitive – permet d’éviter des engagements précipités.

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Exprimer son malaise

« Je ne suis pas à l’aise pour te dire non » ou « J’ai peur que tu sois vexé si je refuse » : exprimer l’émotion qui nous fait hésiter à prononcer un « non » crée un climat de complicité qui met les deux partis en confiance. Cela permet d’éviter à l’autre le choc d’un « non » inattendu, mais également d’exposer une partie de sa vérité ; il ne reste plus, ensuite, qu’à s’expliquer.

Expliquer la situation

Trop de justifications tuent le « non » : elles trahissent un sentiment de culpabilité, et nous font perdre toute crédibilité. Pour autant, difficile d’imposer un « non » sans explications. Il s’agit donc de réapprendre à formuler ces dernières de façon structurée : le but est d’aider notre interlocuteur à cerner le cheminement de notre raisonnement. Pour cela, commencer par rappeler les faits : « Tu me dis donc que tu as accepté cette invitation sans me demander mon avis », ou « Vous me demandez de traiter ce dossier ». Ensuite, exposer les conséquences pour soi : « Cela va à l’encontre de mes projets », ou « Cela me surcharge dans mon travail. »

Enfin, souligner l’émotion que cette situation crée en nous, en parlant toujours à la première personne : « Je ne me sens pas respecté », plutôt que « Tu es égoïste » ; ou « J’ai le sentiment que mon travail n’est pas reconnu » plutôt que « Vous dénigrez mes efforts »… Récit clair et sincère, ton personnel, mais pas accusateur : le cadre idéal pour accueillir une réaction aussi posée et respectueuse.

Revenir sur sa réponse

« Je t’ai dit oui, mais en y songeant, je me rends compte que cela ne me convient pas », « J’ai accepté ce dossier parce que j’ai du mal à dire non, mais je suis déjà débordé. »

Revenir sur sa première réponse n’est ni un aveu de faiblesse, ni une impolitesse. Cela revient à donner à l’autre une preuve de confiance, en lui confirmant notre volonté de l’informer de ce qui est important pour nous. Car en osant opposer des « non » et en apprenant à exprimer de vrais « oui », c’est la qualité de nos relations que nous repensons : afin qu’elles ne soient plus de convenance ou de manipulation, mais fondées sur la sincérité et le respect de l’autre… et de soi.

Dossier réalisé par Anne-Laure Gannac 

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